Bordeaux : Dix ans après, l’écoquartier Ginko a-t-il tenu toutes ses promesses ?

20Minutes | 28/09/0021

En exclusivité pour « 20 Minutes », le site Monaviscitoyen a réalisé une enquête d’opinion auprès des habitants de l’écoquartier Ginko à Bordeaux, qui fête les dix ans de la livraison des premiers immeubles

Bordeaux : Dix ans après, l’écoquartier Ginko a-t-il tenu toutes ses promesses ?

Montrer que Ginko a trouvé son âme de quartier. C’est à la sortie de l’école en fin d’après-midi, à l’heure où les enfants jouent dans les rues et les espaces verts, que Bouygues Immobilier, l’aménageur, a organisé une visite guidée de l’écoquartier bordelais, pour prouver que dix ans après la livraison des tout premiers immeubles, la mayonnaise a pris.

Dans une enquête réalisée par monaviscitoyen (https://www.monaviscitoyen.fr/resultats/enquete-bordeaux-ginko-10ans) pour 20Minutes, les habitants de l'écoquartier Ginko à Bordeaux donnent la note de 6,7/10 à la qualité des espaces verts du quartier.

Que pensent les habitants de ce nouveau territoire de 30 hectares, coincé entre les berges du Lac et le centre commercial Auchan-Lac ? Pour 20 Minutes, le site de consultation citoyenne Monaviscitoyen, a réalisé une enquête exclusive en ligne ( que vous pouvez retrouver par ici) auprès de résidents du quartier, qui compte désormais 3.000 logements pour près de 10.000 habitants.

Sur 107 répondants, il ressort que 64 % estiment que Ginko a trouvé ou est en train de trouver une âme de quartier. « C’est en train de prendre, confirme Stéphane à 20 Minutes, qui s’est installé à Ginko en provenance de Paris, en 2015. L’arrivée des commerces et des cafés, les associations qui se montent, participent à tisser du lien. »

« Quatre propriétaires occupant pour 60 appartements dans ma résidence »
Arnaud, 38 ans, en provenance de Paris également, confirme que l’arrivée des commerces change la donne. Il soulève toutefois un écueil, souvent rencontré dans les quartiers composés uniquement de résidences neuves. « Il y a encore énormément de locataires, ce qui en soi n’est pas un problème, mais cela change les choses dans l’investissement dans la vie de l’immeuble. Dans ma résidence, il n’y a que quatre propriétaires occupants, pour une soixantaine d’appartements. » Ils sont « deux sur 40 appartements » dans l’immeuble de Stéphane.

Selon une enquête réalisée par monaviscitoyen pour 20Minutes, 60 % des habitants des habitants de Ginko pensent que l'écoquartier est réussi

UrbanEra, la structure de Bouygues Immobilier en charge des projets d’aménagement, assure pourtant que le rapport s’est inversé. « On avait deux tiers d’investisseurs pour un tiers de propriétaires occupant au départ, aujourd’hui c’est inverse », affirme son directeur général Yann Aubry.

« Les espaces sont bien pensés avec de la verdure »
Dans l’enquête réalisée par Monaviscitoyen, ils sont par ailleurs 59 % à estimer que Ginko est un quartier réussi. Ils lui attribuent notamment un 8,2/10 pour les transports, un 7,1 pour les commerces, et un 6,7 pour les espaces verts.

« Je suis en fauteuil roulant et j’aime l’accessibilité générale du quartier, témoigne un habitant. Que ce soit les trottoirs ou les magasins, il n’y a aucun endroit qu’il m’est impossible de franchir. J’aime aussi la végétation environnante. » « C’est très agréable, poursuit un autre, les espaces sont bien pensés avec de la verdure, malgré le nombre important d’habitants. » « Le chauffage collectif, le cadre de vie vert, les transports en commun, la possibilité de presque tout faire sans voiture » sont mis en avant par un autre résident.

Rodéos urbains
Côté points négatifs, c’est la propreté qui est en premier lieu pointée (26,7 %). Parmi les commentaires laissés par les habitants, plusieurs évoquent la problématique « des déchets qui jonchent les rues » à cause de « poubelles trop petites ce qui entraîne des dépôts sauvages. » « Il y a eu longtemps un problème lié aux bornes de collecte des ordures ménagères, car les ouvertures étaient trop petites ce qui ne permettait pas aux gens d’y placer des sacs de grande contenance, reconnaît Yann Aubry. C’est en train de se résoudre, mais il y a aussi des incivilités sur lesquelles il faut travailler. »

Autres points noirs mis en avant par les habitants, les « rodéos urbains » (23,8 %), les incivilités (21,8 %) et la sécurité (11,9 %). Plusieurs habitants réclament d’ailleurs la création d’un commissariat de proximité. Stéphane reconnaît que les rodéos sont devenus un souci. « Quand je suis arrivé ça n’existait pas, maintenant il y en a presque tous les week-ends. »

« Il n’y a que des chaînes de fast-food qui génèrent énormément de déchets »
Si l’installation récente de commerces est saluée, ces derniers suscitent également des déceptions. « Il n’y a que des chaînes de fast-food qui génèrent énormément de déchets, c’est loin de favoriser la consommation responsable ou même locale », déplore un habitant dans l’enquête en ligne. Il n’est pas seul.

Quelque 26 cellules commerciales sur 60 sont occupées en rez-de-chaussée dans le quartier Ginko à Bordeaux

UrbanEra demande aux habitants de la patience. Cœur Ginko, la partie commerciale du quartier avec des boutiques en rez-de-chaussée, a commencé à ouvrir en 2020, en pleine pandémie. « Nous disposons de 60 cellules commerciales en tout, dont 26 commerces ouverts actuellement, explique Lucie Piquet-Pellorce, responsable communication et marketing du centre commercial. On a de la très grosse cellule, comme Cultura sur 6.000 m2, d’autres plus petites, et surtout plusieurs qui sont en travaux et qui vont bientôt ouvrir, comme Gifi. Par ailleurs, dès samedi un marché alimentaire géré en partenariat avec l’opérateur du marché des Capucins, s’installera dans Ginko deux fois par semaine. »

« Urbanisme relativement moche… »
Ils sont par ailleurs 64 % à considérer que Ginko n’est pas ou peu un quartier « écolo », et ils attribuent une note de 4,8/10 à la qualité du voisinage. Sur l’aspect écoquartier, un habitant estime qu’à part « les espaces verts réussis et la chaufferie bois, il n’y a rien d’écolo : on pourrait avoir beaucoup plus de choses, comme un poulailler, des jardins partagés, du compost… Il faut aller plus loin. »

L'écoquartier Ginko a été conçu avec des terrasses partagées dans chaque ilot, sur lesquelles les enfants peuvent jouer;

Stéphane nuance, soulignant que « Ginko est souvent perçu de l’extérieur comme un quartier très bétonisé et moche, mais en réalité à l’intérieur des îlots il y a des espaces végétalisés en étage, en cela, c’est quand même un quartier écologique. » Arnaud, relève qu’il « y a tout à proximité : les transports, les commerces, donc c’est très pratique, et il y a beaucoup de nature ce qui offre un beau cadre, même si c’est très dense. »

Si ce dernier salue « la qualité des appartements confortables » il critique en revanche « les choix d’urbanisme, parce que pour un écoquartier, c’est relativement moche, on aurait pu espérer mieux… »

Ginko « correspond à tout ce que l’on veut avoir dans une ville »
« Des choses ont évolué en bien, d’autres en mal, tout n’est jamais parfait » admet le directeur général. Par exemple, « je ne trouve pas beau le premier îlot à être sorti de terre, Galilée, on a fait des erreurs dans son exécution et dans le choix de certains matériaux, du coup il vieillit relativement mal. » Mais Yann Aubry défend un quartier « aux formes variées », avec « des immeubles, des maisons » et sur lesquels « 18 architectes différents ont travaillé. »

Ginko « correspond à tout ce que l’on veut avoir dans une ville, poursuit-il : la nature, l’eau, les transports, des balcons, des volumes… On est entre 35 et 40 % d’espaces verts, et il y a 37 % de logements sociaux. Et ici, vous ne verrez pas beaucoup de voitures, parce que le stationnement organisé par l’architecte aménageur [l'agence bordelaise Brochet-Lajus-Pueyo] est quasi systématiquement en cœur d’îlot sous les bâtiments, généralement en rez-de-chaussée, sur lesquels on a réalisé des dalles végétalisées dont les habitants peuvent profiter. »

Entre 4.500 et 5.000 euros/m2 pour les dernières commercialisations
Les dalles végétalisées. La grande fierté d’UrbanEra. Chaque îlot bénéficie en effet d’une terrasse végétalisée et partagée, en étage, sur laquelle les enfants viennent jouer en sécurité. « Même les adultes peuvent en profiter. »

Dix ans après ses tout débuts, le quartier est désormais quasiment achevé, puisqu’il ne reste plus que deux îlots à réaliser, soit environ 450 logements. Aux dernières nouvelles, les appartements sont commercialisés entre 4.500 et 5.000 euros du m², ce qui se rapproche petit à petit de la moyenne du marché bordelais. Il semble donc que la mayonnaise soit, effectivement, en train de prendre.

Auteur(s) : @ 20Minutes