Une archéologie du futur avec Pauline Castra et les habitants de Bordeaux Maritime

Sud Ouest | 18/07/2022

Invitée par BAM Projects, l’artiste Pauline Castra pose son regard sur les déchets dans des fouilles archéologiques du futur, menées avec des habitants de deux quartiers de Bordeaux Maritime

Une archéologie du futur avec Pauline Castra et les habitants de Bordeaux Maritime

D’un côté il y a le quartier des Aubiers construit dans les années 1970. De l’autre, l’écoquartier Ginko qui a accueilli ses premiers résidents en 2013. « Bien que très proches l’un de l’autre, ces deux quartiers sont très différents, aussi bien dans leur histoire et leur construction que dans leur réalité sociale et économique, mais aujourd’hui il s’agit d’une seule et même entité », étaye Marie Ladonne, cofondatrice de BAM Projects, agence associative de développement et d’accompagnement de projets artistiques et culturels. Sollicitée par la Ville de Bordeaux pour concevoir un projet artistique et écocitoyen dans ce secteur, BAM Projects a fait appel à l’artiste Pauline Castra pour mener un travail in situ en parallèle du plan de Développement Social et Urbain mené par la Ville. Début juin, elle a installé son Labo éphémère au cœur des Aubiers : « Un espace hybride entre atelier d’artiste, lieu de production, de ressources et d’accueil », éclaire Pauline Castra.

Durant un mois, cette diplômée de l’école des Beaux-Arts de Rennes et de Pau a embarqué les habitants dans son processus créatif qui s’inspire des méthodes scientifiques de l’archéologie. À l’arrivée, ce sont 500 personnes, scolaires et adultes qui se sont prêtées au jeu. « J’avais repéré des endroits où mener les fouilles, explique l’artiste. J’ai laissé les participants choisir les objets qui les intriguaient. Ils les rapportaient au Labo où on discutait de leurs trouvailles. » Ces dernières embrassent un large panel d’objets abandonnés : petits et gros éléments en plastique, en bois ou en métal comme pierres et matières aux contours étranges et débris non identifiés… à l’instar de « cette chose ovale qu’on a baptisée bouclier de samouraï », raconte Pauline Castra. De fait, une fois récoltés, ces vestiges matériels (une centaine environ au total) sont soumis à différentes étapes : sélection, inventaire, étiquetage, datation, mesure, poids, description et interprétation.

« J’avais repéré des endroits où mener les fouilles et j’ai laissé les participants choisir les objets qui les intriguaient »
« À ce dernier stade, retrace l’artiste, l’idée était de raconter ou d’imaginer la provenance de ces objets, leur fonction et leur futur : comment les réemployer ou les réparer. » Une manière originale de se pencher sur les déchets. D’autant que ces derniers, deviendront les artefacts des fouilles archéologiques du futur. « Certains trouveront leur place dans les musées et raconteront les us et coutumes de notre société. » Pour l’heure, ce répertoire de formes a inspiré à Pauline Castra une série d’installations à base notamment de Plexiglas jaune fluo qui prennent place dans quatre vitrines du quartier : celle d’une bibliothèque, d’un salon de coiffure et au cœur de deux espaces vacants du centre commerçant de Ginko.

Auteur(s) : @ Sud Ouest