Polluants éternels : 19 PFAS différents détectés dans l'eau du lac de Bordeaux, faut-il s'inquiéter ?

France Bleu | 09/07/2026

Une étude publiée par l'association Surfrider le 3 juillet dernier alerte sur la contamination des eaux de baignade aux PFAS, des polluants chimiques éternels. Les lacs de Bordeaux et de Bègles, en Gironde, font partie des sites concernés.

Polluants éternels : 19 PFAS différents détectés dans l'eau du lac de Bordeaux, faut-il s'inquiéter ?

Bordeaux Lac permet à de nombreuses familles de se raffraîchir en pleine canicule. © PHILIPPE LOPEZ / AFP

Avec des après-midi à plus de 40 ºC, des soirées où le mercure descend peu et une vigilance orange canicule partie pour durer, difficile d'échapper à la tentation de gagner les points d'eaux. En Gironde, la vague de chaleur pousse de nombreux habitants en quête de fraîcheur à gagner les lacs de Bordeaux et de Bègles, les deux principales zones de baignade en extérieur de l'agglomération. Mais celles-ci sont-elles sans risque ?

L'association Surfrider, en partenariat avec le laboratoire Eurofins, a publié début juillet la première étude d'ampleur, établie dans 107 lieux de baignade, sur la contamination des eaux de baignade françaises aux PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), des polluants éternels rejetés par l'industrie. On les dit éternels, car ils persistent des décennies dans les sols, les organismes vivants et l'eau.

Entre juin et juillet 2025, les bénévoles de l'ONG, dédiée à la protection des océans, ont réalisé des prélèvements dans une centaine de lieux de baignade sur l'ensemble du territoire français, outre-mer compris. Des PFAS ont été retrouvés dans l’intégralité des points d'eaux, dont les échantillons ont été analysés en laboratoire. « La contamination par la baignade est inférieure à celle par la consommation d'eau potable ou les vêtements, rappelle Marc Valmassoni, coordinateur eau et santé chez Surfrider. Mais cela ajoute une manière supplémentaire d'être exposé à ces polluants, en plus via une activité censée être récréative. »

« Mauvais état chimique » mais pas de risque pour la baignade

Parmi la variété de polluants détectés dans ces coins de nature, l'étude s'attarde en particulier sur le PFOS, un type de PFAS classé comme « cancérogène possible » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et interdit depuis 2020. Cet acide perfluorooctanesulfonique est présent dans le lac de Bordeaux, à raison de 26 nanogrammes par litre (ng/L), contre 10 ng/L à Bègles. Parmi les 26 sites d'eau douce français étudiés, ces deux zones de baignade sont les plus polluées par le PFOA et dépassent très largement le seuil de 0,65 ng/L fixé par les normes de qualité environnementale de la directive-cadre sur l'eau.

Les lacs bordelais et béglais peuvent donc être considérés comme en « mauvais état chimique », comme 78 % des sites de baignade continentaux français. Cela ne signifie cependant pas que la baignade y est dangereuse, mais que ces polluants peuvent contaminer l'écosystème de ces points d'eaux. « Ce seuil repose sur une approche environnementale, pas sanitaire », tempère Marc Valmassoni. «Pour l'instant, personne ne sait déterminer l'impact de ces molécules sur le fonctionnement de l'écosystème », regrette Pierre Labadie, chercheur en chimie environnementale au CNRS.

D'après le laboratoire Eurofins, partenaire de l'étude, les PFAS pourraient occasionner des troubles hormonaux et des dysfonctionnements immunitaires sur les animaux sauvages, en plus d'anomalies dans la reproduction des poissons et amphibiens.

19 PFAS différents

Pour évaluer les risques sanitaires liés à une baignade dans une eau contenant des polluants éternels, il faut aujourd'hui se fier à un seuil sanitaire néerlandais. Les réglementations européennes sur les eaux de baignade ne prennent en compte que les risques bactériologiques, et non ceux liés aux substances chimiques comme les PFAS. « Aujourd'hui en France, le seul critère qui peut faire fermer un lieu de baignade, c'est la présence de deux bactéries liées aux matières fécales, les entérocoques et l'E.coli », décrypte Marc Valmassoni.

« Pour de la baignade, ces concentrations en PFAS ne sont pas significatives, il n'y a pas de risque. »

Marc Valmassoni,
Coordinateur eau et santé chez Surfrider

Aux Pays-Bas, au-dessus d'un seuil de PFAS de 280 ng/L, la baignade est interdite. Ce chiffre est calculé en additionnant les quantités de 26 molécules différentes, pondérées en fonction de leur toxicité. Les taux mesurés dans les lacs de Bordeaux (105 ng/L) et de Bègles (149 ng/L) sont tous deux situés en dessous de ce seuil sanitaire. « J'aurais tendance à dire qu'il n'y a pas de problème pour s'y baigner », estime Pierre Labadie.

Le lac de Bordeaux se distingue tout de même par le nombre de PFAS différents retrouvés : 19, soit plus que toutes les autres zones de baignades examinées. De son côté, le lac de Bègles, situé au sud de Bordeaux, en compte 15. « C'est significatif : par rapport à d'autres points d'eaux, les sources de contamination sont plurielles », juge le coordinateur eau et santé chez Surfrider.

« Ils ne font pas partie des paramètres »

Malgré leur médiatisation croissante depuis plusieurs années, les polluants éternels ne sont pas encore pris en compte par les autorités françaises lorsqu'il s'agit d'évaluer la qualité des zones aquatiques. L'eau du lac de Bordeaux est ainsi considérée comme « d'excellente qualité », selon la directive européenne sur les eaux de baignade. « Les PFAS ne font pas partie des paramètres suivis sur les eaux de baignade, nous n’aurons pas d’éléments à fournir sur le sujet » – indique l'Agence Régionale de Santé Nouvelle-Aquitaine (ARS).

« Notre baignade est actuellement conforme au regard de la réglementation en vigueur. »

La mairie de Bordeaux

À Bordeaux, la mairie assure surveiller « tout au long de l'année » l'eau de son lac, afin « de nous assurer que leur qualité est compatible avec les activités nautiques ». « Le service des sports, qui gère la plage de Bordeaux Lac, suit scrupuleusement la réglementation, avec des contrôles visés par l’ARS. Mais les PFAS ne sont pas analysés », répond la mairie de Bordeaux.

Pour mieux comprendre l'impact des polluants sur les zones de baignade, Surfrider plaide pour davantage de contrôles, ainsi que la création d'une législation commune à l'échelle européenne. 

« Il nous faudrait un seuil sanitaire similaire comme aux Pays-Bas. Cela permettrait aux gens de s'y retrouver »

Marc Valmassoni

En attendant, de nombreuses personnes sont attendues ces prochains jours autour des lacs de Bordeaux et de Bègles. La canicule qui sévit depuis ce lundi devrait se prolonger au moins jusqu'à la fin de la semaine.


Auteur(s) : © France Bleu

Réagir

Répondez à l'équation : 20 + 6 =