Projet de data center à Bordeaux : impact écologique et questions de gouvernance

Sud Ouest | 13/01/2026

Mentionnée dans le cadre d’un projet plus global de campus de l’IA, l’éventuelle construction d’un data center à Bordeaux-Lac interroge sur son impact sur l’économie locale du numérique, mais aussi sur l’environnement

Projet de data center à Bordeaux : impact écologique et questions de gouvernance

L’annonce a fait mouche. Alors qu’ils présentaient leurs vœux au Medef, le maire de Bordeaux Pierre Hurmic et la présidente de la Métropole Christine Bost ont évoqué la construction d’un campus de l’IA bordelais, le mercredi 7 janvier. Le site, qui pourrait s’implanter sur une partie du parking du Parc des expositions de Bordeaux-Lac, devrait contenir un « supercalculteur », ainsi qu’un data center flambant neuf. Si le projet a interpellé les acteurs locaux du numérique. Par Emma Le Fortier

Projet d'un Data Center à coté du Centre des Expositions à Bordeaux Lac © Le Figaro

Eau, électricité, rejets… quel l’impact écologique

Un objectif compliqué à atteindre au vu des besoins en ressources énergétiques de ce type de structure. Pour rappel, un data center répond à deux utilisations principales : le stockage de données et le calcul, notamment destiné à faire fonctionner l’intelligence artificielle. Un tel équipement nécessite d’être alimenté en permanence en électricité, souligne Lou Welgryn, secrétaire générale de l’association Data for Good, qui rassemble des experts de la tech et lutte contre le déploiement déraisonné de l’IA et de ses infrastructures. 

Conflits d’usage

« La consommation en électricité va énormément varier en fonction des sites », poursuit la co-fondatrice du collectif Essec Transition Alumni, précisant que leur nombre, leur taille comme leur appétit en énergie devraient fortement augmenter au niveau mondial dans les prochaines années. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime dans l’un de ses rapports que les centres de données pourraient représenter un peu moins de 3 % de la consommation planétaire d’électricité à l’horizon 2030, alors qu’elle se situe actuellement à 1,5 %.

À ce premier besoin essentiel vient s’ajouter celui de l’eau utilisée pour refroidir les unités. « Localement, ça peut créer des déséquilibres [dans la gestion de la ressource, NDLR] », pointe Lou Welgryn. Elle affirme que certaines de ces structures freinent même l’avancée de la transition écologique. « Le collectif Le Nuage était sous nos pieds a déjà documenté ce phénomène. Il a par exemple montré que la consommation en électricité d’un data center situé dans les Bouches-du-Rhône entrait en conflit avec l’électrification des ferries du port de Marseille et des transports en commun. »

« Chaleur fatale »

La question des rejets engendrés par ces fermes de serveurs entre également dans l’équation. Pour se prémunir de toute panne de courant, elles disposent de groupes électrogènes fonctionnant généralement au fioul, qui doivent tourner régulièrement pour s’assurer de leur bon fonctionnement. Une précaution qui n’aide pas à réduire les émissions de CO2 et la pollution atmosphérique, au contraire.

Face à cet impact négatif sur l’environnement, l’argument de la réutilisation de la « chaleur fatale » qui se dégage des serveurs est souvent mis en avant. Mais rarement appliqué dans les faits. « Aujourd’hui, il y a très peu de sites où elle est valorisée, parce que ça coûte trop cher », assure Lou Welgryn. De quoi laisser penser que le projet du campus de l’IA n’est pas si vert…

Quelle « gouvernance » du projet pour la Métropole ?

Comment garantir que BXIA ne devienne pas une « boîte noire » ou dévie en cours de route de ses belles promesses d’une « souveraineté » des données stockées et moulinées dans cette vaste ferme de calculateurs ? […] Par Adrien Vergnolle

D’ici les premières acquisitions foncières prévues en juin, « on a quatre à cinq mois pour affiner ce sujet », précise Vincent Feltesse, rappelant que « c’est un projet qui va se déployer sur des décennies ». « Cette gouvernance, c’est aussi une méthodologie, dans laquelle la transparence est un élément extrêmement important : c’est le seul projet où vous n’avez pas en face de vous un opérateur américain ou chinois, qui vient, à qui on vend un terrain et à partir de là, plus rien ne peut être vu ou dit », ajoute le président de NFU, Benjamin Delaux.

Pas d’entrée au capital

Il serait aussi question, selon nos informations, d’un « laboratoire citoyen » ou encore d’une « expertise scientifique indépendante » qui associerait l’Université de Bordeaux ou l’Inrae. Mais concrètement, les élus auront-ils leur mot à dire ? Le 30 janvier prochain, le conseil métropolitain examine une première délibération qui concerne la vente du foncier, les presque 20 hectares de l’actuel parking du Parc des expos. Puis un « comité de pilotage » sera créé, a annoncé la présidente de la Métropole, Christine Bost, ce mardi 13 janvier à l’occasion de ses vœux à la presse.

« On va vendre nos terrains à un porteur de projet identifié, connu, et l’on va savoir d’où proviennent les fonds, en l’occurrence français et européens »

Elle évoque aussi un futur « comité de suivi », quand le désormais fameux « pôle numérique à vocation souveraine » sera mis en œuvre. Entrer au capital de BXIA, comme ses créateurs l’ont imaginé, entre autres acteurs publics, comme la Caisse des dépôts ? Christine Bost balaye cette option. « On va vendre nos terrains à un porteur de projet identifié, connu, et l’on va savoir d’où proviennent les fonds, en l’occurrence français et européens : c’est déjà un gage de sécurité. »

Feltesse, « Géo Trouvetou »

Et d’insister : « Nous devons prendre en main ce sujet, le stockage et la protection des données de nos écosystèmes économiques, c’est un enjeu majeur, au-delà de la transformation urbaine » du quartier – Parc des expos en cours de réhabilitation, futur quartier de la Jallère, abords du stade, etc.

Durant la séance des vœux, Christine Bost a été interrogée sur l’identité de l’un des investisseurs : Vincent Feltesse, ex-maire de Blanquefort (2001-2012) et… président de la Métropole (2007-2014). De quoi nourrir un soupçon de confusion des genres ? La présidente a défendu son déjà lointain prédécesseur, après Alain Juppé et Alain Anziani, retiré des affaires publiques depuis sa campagne avortée des municipales bordelaises de 2020 : « Ceux qui le connaissant savent qu’il a toujours eu un côté touche-à-tout, un peu Géo Trouvetou. Il a toujours aimé concevoir des projets innovants, stimulants. Je trouve ça plutôt bien qu’il en fasse profiter le territoire. » Sourire : « Il y a une vie après les fonctions électives. »


Auteur(s) : © Sud Ouest

Réagir

Répondez à l'équation : 15 + 3 =